Autour du film “Le chant des forêts” de Vincent Munier
Regarder. Attendre. Se taire parfois.
C’est aussi ainsi que se transmet l’essentiel.
Il est tant d’éloges que l’on pourrait écrire après Le Chant des forêts, de Vincent Munier.
Éloge de la forêt.
Éloge de la vie sauvage.
Éloge de la beauté. Mais il faut choisir.
Pour une première Élographie, l’éloge de la transmission s’est imposé comme une évidence. La transmission est ce qui m’anime, ce fil discret qui relie les êtres, les générations, les histoires, souvent à bas bruit.
Trois hommes attendent, ensemble, dans la forêt.
Un grand-père, un père, un fils.
Ils partagent une même manière d’être là : présents, attentifs, respectueux de ce qui les entoure. Rien n’est démonstratif, rien n’est expliqué.
La transmission naît d’une présence, de paroles discrètes et de silences habités.
Vincent Munier ne filme pas la nature comme un territoire à conquérir ni comme un spectacle à offrir.
Il la fréquente, il l’attend, il accepte de ne pas voir.
Les animaux apparaissent fugitivement, comme dans la vie réelle.
On ne les possède pas du regard, on les croise. Et cela suffit.
La forêt, filmée comme un tableau vivant, semble garder la mémoire de ceux qui l’ont traversée avant nous.
Michel Munier le dit avec une simplicité émouvante :
« Dans la forêt, je peux sentir toutes les vies d’avant. »
Ce qui se transmet entre ces trois hommes n’est pas un savoir-faire.
C’est une façon de se tenir dans le monde, d’habiter un espace sans l’abîmer, de reconnaître que nous ne faisons que passer.
C’est sans doute pour cela que ce film m’a autant touchée. Il dit, sans le formuler, ce qui m’accompagne depuis longtemps : transmettre n’est ni reproduire ni figer, mais offrir quelque chose d’assez vivant, d’assez ouvert, pour que d’autres puissent à leur tour y trouver leur chemin.
Le film dit aussi quelque chose de précieux sur l’hommage, sur ces paroles que l’on ne prononce pas toujours à temps, sur ces reconnaissances que l’on diffère, parfois jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Vincent Munier rend hommage à son père avec pudeur, en se concentrant non pas sur ce qui a manqué, mais sur ce qui a été donné.
Le film ne moralise pas, il fait sentir. Dans le regard attentif des Munier — père, fils et petit-fils — naissent l’émerveillement, puis le respect, et avec eux le désir que la forêt continue de vivre, longtemps après nous.
Ce regard nous situe à ce que devrait être notre juste place : ni maîtres ni étrangers, simplement une présence parmi d’autres.
Écoutez-les : Vincent Munier photographe
Regarder les vies,
Reconnaître ce qui compte
C’est le fil que je suivrai, éloge après éloge.

